🇯🇲 Danakil au Reggae Sun Ska 2017 : La Célébration Roots de la 20ème Édition

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Dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 août 2017, à précisément 01h20, une vibration massive s'est emparée du campus universitaire de Pessac-Talence. Ce vaste domaine de 235 hectares — deuxième plus grand campus de France, accueillant en temps ordinaire plus de 65 000 étudiants — se transformait pour la quatrième année consécutive en l'épicentre du reggae français et international, à l'occasion de la Reggae Sun Ska 20ème édition (RSS20). Un anniversaire, une communion, un point d'orgue.

Pour ce Reggae Sun Ska 2017 (RSS2017), porté de main de maître par l' Association Reggae Sun Ska, le point d'orgue de la soirée était confié au collectif phare du reggae roots hexagonal, fer de lance du label indépendant Baco Records : Danakil. La quatrième édition sur le site du campus universitaire de Talence-Pessac accueillait à nouveau de nombreux groupes internationaux comme Danakil, UB40, Patrice ou Peter Harper. Au total, 65 000 entrées, un plateau éclectique, et aucun incident notable à déplorer — un grand cru qui rendait d'autant plus amère la décision qui allait suivre quelques mois plus tard.


🏟️ Le Reggae Sun Ska : Vingt Ans d'Histoire sur les Terres Girondines

Avant de parler du concert, quelques mots sur ce que représente cet anniversaire. Le Reggae Sun Ska est né en 1997 à Pauillac avant de connaître plusieurs sites successifs dans le Médoc et la métropole bordelaise. Le Reggae Sun Ska festival programmé dans le cadre de l'Été Métropolitain est un rendez-vous majeur de la saison estivale, soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine, le département de la Gironde, Bordeaux Métropole, les villes de Pessac, Talence, Gradignan et les universités.

Les festivaliers trouvaient à leur disposition une aire d'accueil de plus de 10 hectares de verdure à proximité de l'entrée du site concert, ainsi qu'un village détente, un marché, et plusieurs parkings pouvant accueillir plus de 5 000 véhicules. Le festival s'inscrit par ailleurs dans une démarche de développement durable et de communication autour de l'éco-citoyenneté — cohérent avec les valeurs militantes du reggae qu'il défend.

En vingt ans, le RSS avait accueilli des légendes jamaïcaines, des pionniers du dub, des révélations de la scène française — et pour cette édition anniversaire, l'hymne Generation Sun Ska composé par Harrison Stafford de Groundation venait sceller symboliquement ces deux décennies de festival.


🎸 Danakil : Vingt Ans de Liberté et de Militantisme

Danakil est né en 2000 sur les bancs du lycée Louis de Broglie de Marly-le-Roi (Yvelines) où une bande de copains, musiciens à leurs heures perdues, posaient les premières bases d'un projet qui allait devenir l'un des groupes de reggae les plus importants de France. Le nom vient d'un désert en Éthiopie — et il y a dans ce choix quelque chose du groupe lui-même : aridité de surface, richesse intérieure, chaleur extrême.

Souvent réduit à la posture de "groupe de reggae", Danakil a su s'affranchir des codes pour livrer des chansons qui pour certaines sont devenues des "classiques", traversant les générations et accumulant des millions de streams sur les plateformes actuelles. En 2017, le groupe présentait son album La Rue Raisonne, sorti en octobre 2016 chez Baco Records — une tournée qui avait débuté le 9 septembre 2016 à la Fête de l'Humanité et qui, un an plus tard, menait le collectif sur la scène du RSS20.

Portés par un duo basse/batterie ravageur, une section cuivre tonitruante, deux guitaristes de talent, un clavier de qualité, un lead-chanteur charismatique (Balik) et un second chanteur non moins inspiré (Natty Jean), les Danakil sont devenus une des toutes meilleures formations de roots reggae.

Les membres du groupe : Balik (Guillaume Basile), Das (Mathieu Dassieu), Tom-Tom (Thomas Souil), Titi (Thierry Renaud), Massive Boris (Boris Arnoux), Dus (Nicolas Dussere), Fab (Fabien Giroud), Smart (Martin Bisson), Keuj (Jacques Stainton), One (Guillaume Rossignol), JB (Jean-Baptiste Gerbaux).


🌊 01h20 : La Messe Roots Commence

À 01h20, sous la nuit d'août du campus universitaire, la scène du RSS20 s'illumine pour Danakil. Il y a dans un concert de ce groupe quelque chose qui tient davantage de la cérémonie que du spectacle — la foule sait ce qu'elle est venue chercher, les musiciens savent ce qu'ils ont à donner, et cette complicité entre la scène et le public s'établit en quelques mesures.

Balik (Wayane Balik) mène la danse avec son flow conscient et affûté, ses textes qui posent un regard critique sur le monde actuel avec la précision d'un éditorialiste et la chaleur d'un passionné. À ses côtés, Natty Jean apporte ses interventions dynamiques, ses harmonies vocales qui viennent doubler et contrepointer le lead avec cette complicité de scène qu'on ne simule pas. Cette ambiance si particulière a d'ailleurs largement contribué au succès du groupe et lui a permis d'imposer son empreinte singulière, frappée du sceau de l'indépendance et du militantisme.

La section rythmique — Massive Boris à la basse, Titi à la batterie, un duo ravageur qui constitue le socle de tout — portait le set avec cette solidité tranquille des musiciens qui savent exactement ce qu'ils font. La section cuivre de Das et Tom-Tom déployait ses trompes avec une puissance et une précision qui rappellent à chaque note pourquoi Danakil est un groupe à entendre en live. Les guitares de Dus et Fab, le clavier de Smart et la présence de One complétaient un dispositif rodé par des années de tournée — plus de 300 concerts avant même leur premier album.

Le groupe a déroulé ses classiques et les morceaux de La Rue Raisonne, transformant le campus universitaire en un immense sound-system à ciel ouvert. Activistes du reggae et de la musique indépendante, Danakil sillonne les routes du monde entier, délivrant des centaines de lives brûlants qui font en grande partie le succès du groupe. Ce soir-là, le RSS20 en était la parfaite démonstration.


📸 Le Duo Numérique : Fuji FinePix S5 Pro et Panasonic DMC-G7

Pour couvrir cette soirée historique, j'ai travaillé avec deux boîtiers aux philosophies radicalement différentes mais hautement complémentaires — une stratégie que j'adopte pour les grands festivals où les situations lumineuses et les types de plan varient constamment.

Le Fuji FinePix S5 Pro — sorti en 2006, basé sur le châssis du Nikon D200 et équipé du capteur Super CCD SR Pro de Fujifilm — reste à ce jour l'un des boîtiers les mieux placés pour la restitution des tons de peau et la gestion des hautes lumières. Son double capteur (cellules SR grandes et SR petites travaillant en parallèle) offre une dynamique exceptionnelle dans les zones surexposées — précieux sous des projecteurs de festival qui brûlent les visages. La texture organique et la fidélité chromatique de ce boîtier, combinées à sa plage dynamique étendue, en font un outil rare pour la photographie de concert.

Le Panasonic Lumix DMC-G7 — hybride Micro Four Thirds annoncé en 2015, 16 mégapixels, viseur électronique EVF de 2,36 millions de points, rafale à 8 images/seconde — apportait sa compacité et sa réactivité pour les plans larges, les mouvements de foule et les changements rapides d'angle. Léger, discret, capable de filmer en 4K entre deux déclenchements, il complétait le S5 Pro avec une polyvalence qui lui manquait.

La combinaison des deux capteurs — l'argentique organique du S5 Pro et le numérique précis du G7 — offrait une couverture riche, texturée et contrastée de ce moment unique.


💡 Darktable sous Linux Manjaro : Le Flux Libre à Maturité

En 2017, mon workflow avait évolué vers Darktable sous Linux Manjaro — distribution basée sur l'écosystème Linux Arch, qui allait devenir la base de mes configurations actuelles. Une étape de maturité dans ma démarche d'indépendance numérique, après les années BibblePro sous Ubuntu.

Sur les fichiers RAW du Fuji S5 Pro et du Panasonic G7 — deux capteurs aux profils colorimétriques très différents —, Darktable permettait d'harmoniser les deux séries en leur donnant une cohérence visuelle tout en préservant les qualités propres à chaque boîtier. Le S5 Pro gardait sa chaleur organique ; le G7 sa précision et son rendu plus neutre. Le travail portait également sur les conditions de nuit d'août — les éclairages chauds de scène sur la peau et les instruments, le noir du ciel et du campus au-delà des projecteurs, les fumées qui diffusaient les faisceaux et créaient des atmosphères à chaque titre.


🌴 Une Dernière sur le Campus : Ce que l'Anniversaire ne Savait Pas

Il y avait quelque chose d'historique dans cette nuit du 5 août 2017, mais pas seulement parce que le festival fêtait ses vingt ans. C'était aussi, sans que personne ne le sache encore, la dernière édition du Reggae Sun Ska sur le campus universitaire de Pessac-Talence. En décembre 2017, les maires de Pessac, Talence et Gradignan décidaient de ne plus accueillir le Reggae Sun Ska sur le domaine universitaire à cause de plaintes présumées des riverains.

Photographier Danakil à 01h20 ce soir-là, c'était sans le savoir documenter un chapitre qui allait se fermer. Ces images du campus en fête, des silhouettes de Balik et Natty Jean sur fond de nuit d'été bordelaise, ont une valeur supplémentaire aujourd'hui : elles sont le témoignage d'une époque, d'un lieu, et d'un festival à son apogée.

Retrouvez l'ensemble des artistes couverts au fil de mes années de photographe indépendant : La scène du Grand Ouest à travers l'objectif — Portfolio historique


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