Ce samedi 24 mai 2014, le Rocher de Palmer à Cenon — cette salle aux coques de métal rouge imaginées par l'architecte Bernard Tschumi, nichée dans le parc Palmer sur la rive droite de la Garonne — accueillait Florent Marchet pour l'une des dates de sa tournée Bambi Galaxy Tour. Une soirée intimiste dans un lieu taillé pour ça : des salles à taille humaine, une acoustique soignée, un public attentif. Le genre de concert où la musique arrive entière, sans être écrasée par la distance ou le volume.
Boîtier en main, j'étais là .
Il faut d'abord parler de l'album. Bambi Galaxy est le cinquième album studio de Florent Marchet, sorti le 27 janvier 2014 sur le label PIAS. Un disque-concept entièrement dédié à l'espace — pas l'espace abstrait et vertigineux des poètes, mais l'espace dans tous ses états : les voyages stellaires, mais aussi celui qu'on cherche bourré le samedi soir de ses dix-sept ans, ou celui qui mystifie les foules crédules des disciples de Raël.
Ce qui frappe dès la première écoute, c'est le brio avec lequel Florent Marchet s'adjuge de la contrainte à laquelle il s'est astreint dans le processus créatif : tous les titres de ce disque parlent d'espace. Une ambition formelle qui convoque des références immenses — de Bowie à Daft Punk — pour mieux les digérer et proposer quelque chose de singulièrement personnel : des textes à la fois futuristes, ancrés dans la réalité et mélancolico-drolatiques, sur de superbes musiques naviguant entre électro-pop remuante, rock groovy et chanson pop planante.
Né à Bourges en 1975, auteur-compositeur-interprète, pianiste, guitariste, Florent Marchet appartient à cette génération de musiciens français qui ont imposé dans les années 2000 une pop exigeante et littéraire, loin des formats formatés. Bambi Galaxy marquait une étape supplémentaire dans cette trajectoire : plus ambitieux, plus construit, plus électronique — sans jamais sacrifier la chanson sur l'autel du concept.
Le concert s'est construit comme une narration, en cohérence avec la logique conceptuelle de l'album. La setlist embrassait l'essentiel de Bambi Galaxy tout en ouvrant des fenêtres sur le reste du répertoire :
Programme principal Apollo 21 · Devant l'espace · Que font les anges ? · Reste avec moi · Où étais-tu ? · La dernière seconde · 647 · Bambi Galaxy · Tout petit la planète (reprise de Plastic Bertrand) · Je n'ai pensé qu'à moi · Space Opera · Tous pareils · Héliopolis
Premier rappel Le terrain de sport · Alpha Centauri · La famille Kinder
Second rappel Apollo 21 (reprise) · Ma particule élémentaire
Un programme généreux, construit avec soin. La reprise de Plastic Bertrand — Tout petit la planète — apportait une légèreté bienvenue et un clin d'œil au rapport de Marchet avec la culture populaire, assumée et revendiquée. Le retour en rappel d'Apollo 21 pour clore le concert, après l'avoir ouvert, donnait à la soirée une structure circulaire élégante — le voyage qui revient à son point de départ, changé.
Ma particule élémentaire en toute dernière position : un titre doux, intime, presque fragile pour refermer le livre après deux heures de spectacle stellaire.
Sur scène, Marchet s'est entouré d'excellents musiciens — batteur, guitariste, préposé aux synthés et choristes — capables de s'adapter aux différents univers créés, en soutenant le chant et le jeu de piano, de guitare et de basse de leur leader.
Ce qui frappe chez Florent Marchet en concert, c'est l'absence de distance entre l'artiste et son public. Pas de posture de rockstar, pas de surjeu. Une présence sincère, presque pudique par moments, qui laisse la musique exister sans la surcharger d'effets. Les arrangements live restituaient fidèlement l'univers de l'album — les nappes de synthés, les rythmiques précises, la production soignée — tout en y ajoutant la chaleur et l'imprévisibilité du direct.
La salle du Rocher de Palmer se prêtait parfaitement à cet équilibre : ni trop grande pour créer une distance froide, ni trop petite pour étouffer la dynamique des morceaux les plus expansifs. Sa capacité d'environ 650 places assises en gradins avec une scène de 320 m² offrait exactement la bonne configuration pour ce type de pop architecturée — un son enveloppant, une intimité préservée.
Ce reportage a été réalisé avec le Fujifilm X-T1, hybride sorti en janvier 2014 — à peine quelques mois avant ce concert. Appareil hybride tropicalisé de style réflex, il est équipé d'un capteur X-Trans CMOS II de 16 mégapixels au format APS-C, utilisant une matrice de filtres colorés différente de la matrice de Bayer classique, ce qui supprime le besoin d'un filtre anticrénelage — une architecture qui préserve une finesse de détail et une gestion du piqué particulièrement intéressantes.
Son viseur OLED "temps réel" de 2,36 millions de pixels et son autofocus hybride intelligent — combinant détection de phase et détection de contraste — en faisaient un outil sérieux pour la photographie en lumière difficile. Dans l'environnement d'un concert, où la lumière est pauvre, mouvante et contrastée, cette capacité à maintenir la mise au point sur un sujet en mouvement compte énormément.
Sa silhouette compacte, son design vintage aux molettes mécaniques apparentes pour l'exposition, la vitesse et la sensibilité, lui conféraient par ailleurs une discrétion appréciable dans ce contexte — moins imposant qu'un reflex classique, moins intimidant pour les artistes et le public environnant. Un appareil qui s'efface pour laisser le photographe se concentrer sur l'essentiel : le moment.
Les défis spécifiques du Rocher de Palmer ce soir-là :
L'ensemble de ces clichés a été développé sous Darktable, dans une logique cohérente avec celle de mes autres reportages : respecter la lumière telle qu'elle était, sans la trahir par des corrections artificielles.
Pour un concert de pop, cela signifiait conserver les dominantes colorées voulues par le directeur lumière — ces bleus électriques, ces jaunes chauds, ces roses qui habillaient les morceaux de Bambi Galaxy sur scène. Les corriger en blanc neutre eût été mentir sur la réalité de la soirée. Le traitement a porté sur la récupération des hautes lumières soufflées, la gestion du bruit en haute sensibilité, et l'accentuation sélective des zones de détail — sans jamais passer par des presets génériques qui nivellent toutes les soirées vers le même rendu interchangeable.
Chaque concert a sa lumière propre. Celle du Rocher de Palmer ce soir-là méritait d'être conservée comme telle.
Photographier un concert de Florent Marchet, c'est photographier une forme de concentration rare dans le paysage musical français : un artiste qui ne fait pas de concessions faciles, qui construit des albums cohérents de bout en bout, qui monte sur scène pour défendre une vision plutôt que pour entretenir une image.
Ce Bambi Galaxy Tour au Rocher de Palmer, en ce mois de mai 2014, était exactement ça : une soirée dense, intelligente, généreuse. Une odyssée en seize escales qui se terminait comme elle avait commencé — par Apollo 21 — et laissait le public avec cette légère mélancolie douce-amère des bonnes soirées de concert, celle qu'on emporte avec soi dans le tramway du retour.