🐋 Gojira au Hellfest 2013 : La Déferlante de l'Enfant Sauvage Tour à Clisson

Photographe Landes Landes Photographe photographe landes paysages ART Another RawTherapee Hellfest OpenAir Festival Gojira Hellfest 2013 Hellfest OpenAir 2013 Clisson Enfant Sauvage Tour L'enfant sauvage album Joseph Duplantier Joe Duplantier Mario Duplantier Christian Andreu Jean-Michel Labadie Roadrunner Records death metal metal progressif death metal technique concert metal France live report metal festival metal France Hellfest productions Flying Whales Oroborus Nikon D700 BibblePro 5 Linux Ubuntu Ondres Landes Bayonne metal Gojira Hellfest 2013 setlist concert Gojira Clisson juin 2013 Gojira Enfant Sauvage Tour live report photo concert Gojira Hellfest jam Mario Joe Duplantier Hellfest Nikon D700 concert metal BibblePro Linux

Le dimanche 23 juin 2013, à précisément 18h40, le ciel de Clisson s'est chargé d'une électricité lourde et indomptable. Devant une Mainstage noire de monde, Gojira s'apprêtait à délivrer ce qui allait rester comme l'une des prestations les plus dantesques de cette édition du Hellfest OpenAir Festival 2013.

En pleine tournée mondiale pour leur Enfant Sauvage Tour, sous la bannière de Roadrunner Records, les quatre Landais revenaient fouler les terres sacrées du festival de Clisson pour une démonstration de force absolue. Il y avait dans cette soirée quelque chose de particulier — une fierté supplémentaire à photographier, dans un festival de cette envergure, un groupe dont les racines sont les mêmes que les miennes : les Landes de Gascogne. Gojira, c'est Ondres, c'est Bayonne, c'est la côte atlantique. C'est ici.


🎸 Gojira : Les Enfants Sauvages des Landes au Sommet du Metal Mondial

Avant de parler du concert, il faut rappeler qui étaient ces quatre hommes sur la scène du Hellfest ce dimanche soir. Gojira est formé en 1996 sous le nom de Godzilla à Bayonne, par les frères Duplantier — Joe à la guitare et au chant, Mario à la batterie — rejoints par Christian Andreu et Jean-Michel Labadie, tous originaires d'Ondres dans les Landes. Le nom change en 2001 pour éviter les conflits avec les ayants droit japonais, et avec lui commence une trajectoire internationale qui n'a jamais dévié.

Le groupe est emmené par deux frères — Joe Duplantier ayant contaminé son frère Mario à un âge précoce. Si le premier tient la six-cordes et le micro, le second, qui pratique assidûment son instrument depuis l'âge de 11 ans, est aujourd'hui un virtuose des baguettes respecté par ses pairs. Joe Duplantier, né le 19 octobre 1976 à Paris et ayant grandi à Ondres, s'installe à New York en 2011 et y fonde le Silver Cord Studio, où Gojira enregistre désormais ses albums dans une totale indépendance artistique — une cohérence avec l'état d'esprit DIY du groupe depuis ses origines.

En 2013, L'Enfant Sauvage — sorti en 2012 — était encore frais, vibrant, indiscutablement l'un des disques de metal les plus acclamés des années 2010. Et la tournée qui l'accompagnait tenait toutes ses promesses.


💥 18h40, Mainstage : Le Choc

Dès l'ouverture pachydermique sur Explosia, le ton est donné sans ambiguïté. Aucune montée progressive, aucun ménagement — la machine Gojira se met en route à pleine puissance et ne s'arrêtera plus. Le quatuor navigue magistralement entre les structures massives du death metal technique et les atmosphères hypnotiques du metal progressif, construisant des édifices sonores d'une densité et d'une cohérence rares.

Joseph Duplantier mène la charge avec un charisme impérial — sa voix caverneuse projetée au-dessus d'une fosse en totale ébullition, ses riffs lourds posés avec la précision d'un chirurgien. Il y a chez Joe Duplantier quelque chose qui tient du shaman autant que du guitariste : une présence scénique qui dépasse le simple fait de jouer, une capacité à habiter l'espace sonore et physique de la scène qui laisse le public littéralement subjugué.

Mario Duplantier, né le 19 juin 1981 à Bayonne, s'est établi comme un batteur puissant et techniquement précis, utilisant des patterns polyrythmiques et des fills jazzy distinctifs. Sur scène, c'est un spectacle à part entière : ses bras qui s'envolent, la précision millimétrée de chaque frappe, la capacité à maintenir une puissance brute tout en gérant des structures rythmiques d'une complexité vertigineuse. La section rythmique est un séisme à elle seule.

Jean-Michel Labadie assure une présence physique explosive, bondissant aux quatre coins de la scène, sa basse rivée au corps comme une extension naturelle de lui-même. Christian Andreu, plus sobre visuellement mais d'une rigueur implacable, distille ses lignes de guitare acérées avec la concentration d'un musicien qui sait exactement où chaque note doit tomber.

L'enchaînement de Flying Whales — sa lourdeur abyssale, ses harmoniques qui flottent comme une baleine dans les profondeurs — suivi de l'implacable Backbone et de The Heaviest Matter of the Universe achève de retourner le site du Hellfest. Des milliers de personnes vibraient à l'unisson.


🥁 Le Moment Mythique : Le Jam Inversé

Au milieu du set, un moment de grâce inattendu — ou plutôt attendu par ceux qui connaissaient le groupe : le jam où les frères Duplantier échangent leurs instruments. Mario passe à la guitare, Joe s'installe derrière les fûts. Un clin d'œil complice entre deux frères qui ont grandi ensemble dans le même garage d'Ondres, à faire exactement ça — jouer ensemble, échanger, chercher.

Ce moment résume quelque chose d'essentiel chez Gojira : sous la puissance formidable du groupe en concert, il y a une vraie relation humaine, un plaisir de jouer ensemble qui transperce le métal et le volume pour atteindre quelque chose de plus intime. Photographier ce jam depuis la fosse, c'était saisir le groupe dans un instant de vulnérabilité joyeuse au milieu d'un concert d'une violence sonore absolue.


🎼 La Setlist : Douze Titres, Aucune Concession

Le groupe a déroulé un set d'une intensité rare, mêlant les classiques à la puissance organique des nouvelles compositions :

Explosia · Flying Whales · Backbone · The Heaviest Matter of the Universe · L'Enfant Sauvage · Connected · Remembrance · Wisdom Comes · Jam (Mario on guitar, Joe on drums) · Fire Is Everything · Oroborus · Where Dragons Dwell

Douze titres qui racontent toute la trajectoire du groupe — les premiers morceaux qui portent encore les traces des premières démos enregistrées à Ondres, les sommets de From Mars to Sirius et The Way of All Flesh, et les plus récents de L'Enfant Sauvage. Un set pensé comme un voyage, pas comme une simple compilation de tubes.


📸 Au Cœur du Chaos : Le Nikon D700 dans la Fosse de Clisson

Photographier un live de Gojira en fin d'après-midi dans le cadre d'un festival de l'envergure du Hellfest impose une réactivité absolue. Entre la poussière soulevée par les circle pits géants, les jets de fumée de scène, les éclairages stroboscopiques et la vitesse d'exécution des musiciens, le boîtier est mis à rude épreuve.

Mon Nikon D700 de l'époque était l'allié parfait pour ce type de couverture. Son capteur plein format FX de 12,1 mégapixels, ses 51 collimateurs d'autofocus et sa montée en sensibilité maîtrisée jusqu'à 6400 ISO permettaient d'affronter les conditions changeantes de la fosse du Hellfest — les hautes lumières explosives des spots scéniques, les zones d'ombre profondes entre les musiciens, la poussière qui diffuse la lumière et crée des halos imprévus.

En fin d'après-midi à Clisson, la lumière naturelle encore présente en début de set créait une situation mixte délicate : la lumière du soleil entrant en compétition avec les projecteurs de scène, imposant des arbitrages d'exposition constants pour ne pas sacrifier les détails des visages dans les zones d'ombre tout en conservant le dynamisme des éclairages artificiels.

La rafale à 8 images par seconde du D700 a permis de figer les sauts de Jean-Michel, la rage de Joe au micro, la transe de Mario derrière ses cymbales. Le rendu granuleux, contrasté et sans concessions de cette série témoigne de la violence et de la beauté graphique du show — un grain numérique accepté comme partie intégrante de l'image, pas combattu à tout prix.


💡 Le Workflow : BibblePro 5 sous Ubuntu Linux

Ce reportage de juin 2013 est une archive précieuse de mon évolution technique. Bien avant d'adopter ma configuration actuelle sous Darktable et Linux Arch, le traitement de ces fichiers RAW a été façonné sous BibblePro 5 sous Ubuntu — le même workflow que celui des concerts couverts cette même année, à quelques mois d'écart.

À une époque où la quasi-totalité des photographes professionnels ne juraient que par Lightroom sous Windows ou macOS, j'affirmais déjà mon indépendance technique et numérique. BibblePro 5 sous Linux offrait une vitesse de dématriçage impressionnante, une gestion du bruit via le module Noise Ninja intégré, et une gestion colorimétrique précise — tout ce qu'on attend d'un outil de développement professionnel, sans compromis de plateforme.

C'est dans cette chaîne libre que j'ai travaillé les dynamiques de ce concert — les contrastes extrêmes de la lumière de fin d'après-midi à Clisson, le grain assumé des hautes sensibilités, les teintes chaudes des spots sur les peaux et les bois des guitares. Les outils changent — de BibblePro à Darktable, d'Ubuntu à Cachy OS. L'exigence du rendu honnête, jamais.


🌊 Gojira, les Landes et le Monde

Il y a quelque chose d'émouvant, pour un photographe dont le territoire est les Landes, à couvrir Gojira sur la grande scène d'un festival international. Créé à Bayonne en 1996, le groupe est emmené par les frères Duplantier — Joe et Mario — qui posent les bases d'un metal exigeant, marqué par la rage et la minutie. À Bayonne, on sentait déjà le mélange d'énergie brute et de recherche sonore.

Ces garçons d'Ondres qui ont répété dans le garage familial, qui ont collé des affiches dans les salles de la côte atlantique, qui ont construit pas à pas l'un des groupes de metal les plus respectés au monde — les voir au Hellfest devant des dizaines de milliers de personnes, c'est la démonstration qu'un territoire peut produire de la musique universelle sans renier ses racines.

Flying Whales est devenu un hymne pour la préservation des océans. Le groupe reverse une partie de ses revenus de tournée à des associations écologistes, soutient Sea Shepherd. Les plages landaises souillées par la pollution avaient révolté Joe Duplantier très jeune — et cette révolte, on l'entend dans chaque riff, dans chaque texte.

Ce concert au Hellfest 2013 n'était pas seulement un grand moment de metal. C'était Gojira au sommet de sa puissance, sur la plus grande scène qu'ils aient jamais foulée en France jusqu'alors. Un moment d'histoire.

Retrouvez l'ensemble des artistes couverts au fil de mes années de photographe indépendant : La scène du Grand Ouest à travers l'objectif — Portfolio historique

Article précédent Article suivant