Ce samedi 1er juin 2013, le Parc Razon de Pessac revêtait ses habits de fête pour accueillir une nouvelle édition du Festival En Bonne Voix — ce rendez-vous annuel gratuit et en plein air dédié à la chanson francophone, organisé depuis sa création en 2008 par la Ville de Pessac sous l'égide de Pessac en Scènes. Michel Moussel, musicien et membre du groupe d'Olivier Daguerre, était également présent sur scène ce soir-là . Pour cette édition 2013, j'officiais en qualité de photographe officiel du festival — une mission de couverture complète de la soirée qui m'a permis de documenter l'ensemble des artistes présents sur les deux scènes du parc.
Parmi eux, Olivier Daguerre — auteur-compositeur-interprète ancré dans le Sud-Ouest, dont je retrouverai plus tard la silhouette à Capbreton pour les 30 ans de Landes Musiques Amplifiées. Ce soir de juin 2013 à Pessac fut notre première rencontre à l'objectif.
La programmation 2013 affichait une belle diversité : Aldebert en tête d'affiche, Diane Tell venue du Québec et installée au Pays Basque, Barbara Carlotti en pleine tournée après ses deux nominations aux Victoires de la Musique, mais aussi Barcella, Gari Greu, Liz Cherhal, Olivier Daguerre, Fred Nevchehirlian et Zedvan.
Organisé chaque année par la Ville de Pessac, cet événement gratuit incontournable de la vie culturelle pessacaise propose au Parc Razon une programmation de chanson francophone ainsi qu'un village des bonnes saveurs et des associations. Le parc accueille deux scènes — la Scène de l'île et la Scène de la prairie — permettant au public de passer de l'une à l'autre des concerts en seulement quelques pas.
Ce format bipolaire et gratuit, dans un espace arboré en cœur de ville, crée une atmosphère que peu de festivals parviennent à maintenir : la décontraction d'une soirée de plein air familiale, la qualité d'une programmation qui ne fait aucune concession sur les artistes invités. En Bonne Voix assume depuis ses origines un positionnement clair — la chanson française et francophone dans toute sa diversité, des noms confirmés aux artistes en émergence — et cette édition 2013 en était une belle illustration.
Voir Olivier Daguerre sur la scène du Parc Razon ce soir-là , c'était le retrouver dans son élément naturel : un public en plein air, attentif, conquis d'avance par cette pop-rock française à la fois accessible et exigeante qui a toujours été sa marque. Né à Montauban le 19 avril 1969, auteur-compositeur-interprète de longue date, Daguerre fait partie de ces artistes dont la carrière se construit dans la durée — album après album, scène après scène, sans esbroufe ni raccourci.
En 2013, il était déjà solidement établi dans le paysage de la chanson française indépendante. Sa présence sur l'affiche d'En Bonne Voix n'était pas une découverte, c'était une confirmation — celle d'un artiste du territoire reconnu par ses pairs et par les programmateurs qui comptent.
Sur scène, il déploie cette économie de moyens qui est aussi une élégance : pas de gesticulation inutile, pas de mise en scène surchargée. La voix, la guitare, les musiciens qui l'accompagnent, et les textes — qui parlent d'amour, de temps qui passe, de géographie intime, avec une précision d'orfèvre. Le Parc Razon et sa scène en plein air, sous le ciel de juin, lui allait comme un gant.
Officier comme photographe officiel d'un festival change radicalement la façon d'aborder la couverture. Il ne s'agit plus seulement de saisir les moments qui m'intéressent personnellement — il faut documenter l'ensemble : tous les artistes, les deux scènes, le public, les coulisses, le village des associations, l'ambiance générale. Une mission de témoignage exhaustif autant qu'une pratique artistique.
L'accréditation officielle donne accès à des espaces et des angles impossibles depuis la fosse publique — la proximité avec la scène, la liberté de se déplacer sans contrainte, la possibilité d'anticiper les moments plutôt que de les subir. Mais elle impose aussi une discipline de couverture : on ne peut pas se permettre de rater un artiste, de passer à côté d'un moment, de ne documenter que ses préférences personnelles.
Pour ce festival en plein air de fin de journée, les conditions lumineuses évoluaient considérablement d'un artiste à l'autre : lumière naturelle encore présente en début de soirée, transition vers l'éclairage artificiel des façades scéniques en fin de programmation. Cette variation continue est à la fois un défi technique et une opportunité photographique — chaque concert a sa lumière propre, et donc son propre potentiel d'image.
Le Nikon D700 — plein format, 12,1 mégapixels, 51 collimateurs AF, montée en sensibilité maîtrisée jusqu'à 6400 ISO — était le boîtier idéal pour naviguer entre ces conditions changeantes sans jamais être pris en défaut. Sa latitude d'exposition et ses performances en basse lumière permettaient d'aborder sereinement la transition entre le plein jour de fin d'après-midi et les lumières de scène nocturnes.
Ce reportage de 2013 appartient à une période charnière de ma pratique — celle de BibblePro 5.1 sous Linux Ubuntu, avant la migration définitive vers Darktable. Un détail qui compte, et qui mérite d'être raconté.
Bibble Pro, édité par Bibble Labs, était disponible sous Windows, Mac OS et Linux — l'un des rares logiciels de développement RAW professionnel à prendre nativement en charge Linux à cette époque. Il proposait une chaîne de traitement complète du dématriçage du fichier RAW à la classification des collections et à l'exportation. La dernière version officielle, 5.2.3, date de décembre 2011 — peu avant que Corel rachète Bibble Labs et le rebaptise AfterShot Pro.
Utiliser BibblePro sous Ubuntu Linux en 2013, c'était déjà un choix délibérément indépendant des écosystèmes propriétaires dominants — Adobe Lightroom en tête — à une époque où, comme le soulignait la communauté Linux photo de l'époque, le photographe professionnel sous Linux était "une espèce qu'on n'avait pas encore rencontrée". Je faisais partie de cette espèce.
BibblePro permettait un traitement RAW rapide, une gestion du bruit efficace via le module Noise Ninja intégré, et une gestion colorimétrique précise — tout ce qu'on attend d'un outil de développement professionnel, sans passer par Windows ni macOS. Ces images d'Olivier Daguerre au Parc Razon ont été développées dans ce workflow, avec la même exigence de fidélité à la lumière du soir que j'applique aujourd'hui sous Darktable.
La chaîne a changé. La philosophie, jamais.
Couvrir En Bonne Voix 2013 en tant que photographe officiel, c'était aussi s'inscrire dans l'histoire d'un festival qui comptait. Depuis sa création, En Bonne Voix a accueilli parmi ses invités Anaïs, Arno, Axel Bauer, BB Brunes, Jil Caplan, Thomas Dutronc — une programmation qui dit la cohérence et l'ambition du projet sur la durée. Un festival qui fait confiance à la chanson française sans jamais la réduire à un format ou à un cliché.
Ce soir de juin 2013, sous les arbres du Parc Razon, avec Olivier Daguerre sur scène et un public heureux d'être là , En Bonne Voix était exactement ce qu'il prétendait être : une belle soirée, gratuite, ouverte à tous, portée par la musique.