Ce jeudi 13 mars 2014, le cours Barbey à Bordeaux vibrait d'une énergie particulière. La Rock School Barbey — cette institution bordelaise créée en 1988, labellisée Scène de Musiques Actuelles depuis 1996, avec sa grande salle de 650 places debout et son histoire de plus d'un quart de siècle au service des musiques amplifiées — accueillait ce soir-là l'un des groupes les plus singuliers et les plus radicaux du paysage rock français : Punish Yourself, en tournée pour leur album Holiday in Guadalajara. Boîtier en main, j'étais là pour en garder la trace.
Note : ce reportage est un document d'archive datant de 2014. Il est publié tel quel, pour ce qu'il était : un concert, une soirée, une musique. Les révélations de l'automne 2023 concernant le chanteur Vx69 ont entraîné la cessation d'activité du groupe. Ce fait, grave, ne peut être ignoré. Il appartient au lecteur d'en tenir compte.
Né à Toulouse en 1993-1994, Punish Yourself est l'un des phénomènes les plus atypiques du rock hexagonal. Le groupe s'est construit sur une identité scénique absolument hors normes — concerts dans l'obscurité avec des lumières noires illuminant des corps entièrement peinturlurés de maquillages et peintures fluorescentes, scénographies élaborées, ambiance entre carnaval des morts et foire électronique. Une vraie attraction, au sens fort du terme.
Musicalement, le groupe se place au croisement de différents mouvements extrêmes, revendiquant des influences aussi variées qu'Iggy Pop, Ministry, White Zombie ou la techno hardcore — souvent catégorisé comme metal industriel malgré les dénégations du groupe, qui a toujours déclaré jouer du « rock'n'roll électronique ». Leurs propres étiquettes : industrial-apocalyptic-glam-punk, digital batcore, death-dance. Des formules qui disent tout et rien, mais qui disent surtout que Punish Yourself ne rentrait dans aucune case.
La formation présente sur scène ce soir-là réunissait VX (alias Cheerleader 69) aux voix et à la fureur frontale, Miss Z (La Señora Z) à la guitare et aux voix, P-Rlox (Pedrolox) à la guitare, X.av à la batterie — et Klodia, danseuse et performeuse, figure indissociable du dispositif scénique du groupe depuis plusieurs années.
En octobre 2013, le groupe publiait Holiday in Guadalajara, album de treize morceaux sorti le 7 octobre sur le label Geisha Machine. Un disque-concept dont le fil directeur puisait dans la tradition mortuaire hispanique du Mexique — la Santa Muerte, les crânes, les gunfighters, les pistoleros — pour construire un univers cohérent entre Western apocalyptique et cyberpunk fluo.
Fidèles à leurs rythmiques entraînantes, Punish Yourself revenaient faire trembler les dancefloors cyberpunk — avec le sens de la formule et leur côté déjanté intacts. Le groupe maintenait sans effort un haut niveau d'énergie, reproduisant sur album l'intensité qu'il avait l'habitude de délivrer en concert. La tournée Holiday in Guadalajara Tour était la démonstration que ces titres, nés en studio dans un délire mexicain, prenaient une tout autre dimension sur scène — plus dure, plus physique, plus urgente.
Le concert s'ouvrait sur une intro soignée — une mise en condition atmosphérique typique du groupe, laissant la tension monter dans le noir avant l'explosion. Puis venaient les titres, sans pause ni respiration superflue :
Programme principal Intro · CNN War · She Buys Me Drugs · Come On Come On · Compañeros de la Santa Muerte · Zmeya · Mothra Lady · Rock n' Roll Machine · Las Vegas 2060's · This Is My Body, This Is My Gasoline · Spiders 375 Necromancers · Nation to Nation
Rappel Enter Me Now · Gay Boys in Bondage
Une setlist construite comme un assaut — les titres de Holiday in Guadalajara au centre (She Buys Me Drugs, Compañeros de la Santa Muerte, Spiders 375 Necromancers, Nation to Nation), entourés des classiques du répertoire. Gay Boys in Bondage pour clore le tout, titre-manifeste parmi d'autres d'un groupe qui n'a jamais reculé devant la provocation frontale ni devant la défense explicite d'une sexualité libérée et inclusive.
Photographier Punish Yourself est l'un des exercices les plus exigeants — et les plus stimulants — de la photographie de concert. Le dispositif scénique du groupe est pensé pour subvertir les conditions de prise de vue standard : lumières noires, stroboscopes, fumée dense, corps en mouvement constant recouverts de peintures fluorescentes qui réagissent différemment de toute peau "normale" sous les éclairages UV.
Pour cette soirée, j'avais confié ma vision au Nikon D700 — reflex numérique plein format professionnel annoncé par Nikon en juillet 2008. Premier reflex haute sensibilité du marché, il est équipé d'un capteur CMOS au format FX (23,9 × 36 mm) de 12,1 mégapixels et d'un autofocus à corrélation de phase sur 51 collimateurs. Son capteur FX et son système de traitement EXPEED lui confèrent des performances en basses lumières de très haut niveau — précisément ce dont on a besoin dans une salle plongée dans la quasi-obscurité, percée de flashs stroboscopiques et de spots UV.
Ses performances fantastiques en haute sensibilité — jusqu'à 6400 ISO — et sa cadence de 5 à 8 images par seconde en font un outil taillé pour la photographie de sport et de spectacle. En conditions de concert industriel, cette latitude ISO est une bouée de sauvetage : elle permet de conserver des vitesses d'obturation suffisantes pour figer les mouvements sans sacrifier l'exposition.
Les défis spécifiques de ce soir au cours Barbey :
L'ensemble de ces clichés a été développé sous Darktable, fidèle à ma démarche de photographe travaillant sous Linux / Arch avec des outils libres. Sur un concert de Punish Yourself, le travail de développement est particulier : il ne s'agit pas de "corriger" les couleurs ni de les neutraliser, mais au contraire de les assumer pleinement.
Les verts acides, les mauves électriques, les blancs crus des UV sur les peintures fluorescentes — tout cela est le concert. Le réduire à un noir et blanc dramatique ou le lisser vers des tons neutres serait mentir sur ce qu'était cette soirée. Le développement a porté sur la récupération des zones de détail dans les hautes lumières UV, la gestion du bruit en haute sensibilité — bruit qui, bien géré, contribue lui aussi à l'atmosphère —, et le respect de la palette chromatique délibérément agressive de la mise en lumière.
Pas de presets. Chaque image, chaque instant, son propre traitement.
La Rock School Barbey était, pour ce type de concert, le cadre idéal. Créée en 1988, labellisée Scène de Musiques Actuelles en 1996, avec sa salle de 700 places équipée en son et lumière, elle incarne depuis plus de trente ans l'ADN des musiques amplifiées à Bordeaux. Elle programme en moyenne 120 concerts par an, tous styles représentés, avec une attention particulière à la découverte d'artistes français et étrangers et à la scène locale.
Pour un groupe comme Punish Yourself — trop radical pour les grandes salles généralistes, trop complet pour les petites jauges — la salle du cours Barbey offrait la configuration idéale : une proximité physique entre la scène et le public qui renforce l'impact du spectacle, une acoustique adaptée aux volumes industriels, et un public bordelais qui connaissait le groupe et était venu pour ça.
Le résultat : une soirée dense, brutale, généreuse. Le genre qui laisse des traces dans les oreilles et sur les pellicules.