Ce jeudi 13 mars 2014, la Rock School Barbey de Bordeaux accueillait une soirée double qui se taillait une belle réputation avant même que le premier titre soit joué. En première partie de Punish Yourself — dont la réputation de groupe-spectacle n'était plus à faire — les Toulousains de Sidilarsen lançaient à 20h59 le coup d'envoi de leur Chatterbox Tour 2014. Et pas dans n'importe quel contexte : le concert bordelais du 13 mars était la toute première date de cette tournée nationale. La Rock School Barbey avait donc le privilège d'essuyer les plâtres d'un set construit autour d'un album tout juste sorti — Chatterbox, disponible depuis le 27 janvier 2014 — et encore en rodage sur scène. Boîtier en main, j'étais là dès les premières mesures.
Formé en 1997 en Ariège par Benjamin Bury, David et Samuel Cancel, Sébastien Eychenne et Julien Soula, Sidilarsen donne son premier concert à Foix à l'occasion de la fête de la musique. Le nom du groupe tire son origine d'une commune algérienne — Sidi Lahcene, où est né le père de Benjamin Bury, nom qui attrait le groupe par sa sonorité, sa chaleur et le "côté métissage" qu'il évoque.
En mars 2014, la formation alignait sa configuration classique : Didou (David Cancel) au chant, Viber (Benjamin Bury) à la guitare et au chant, Benben (Benjamin Lartigue) à la guitare, Fryzzzer (Julien Soula) à la basse et aux machines, et Sam (Samuel Cancel) à la batterie et aux machines. Cinq musiciens, cinq personnalités complémentaires, une machine de guerre scénique rodée par dix-sept ans de concerts et de tournées.
Le groupe a une inspiration musicale variée, avec d'un côté des influences rock et metal industriel comme Nine Inch Nails et Rammstein, et d'un autre côté des influences techno et électro comme The Prodigy, Ez3kiel ou Micropoint. Une synthèse que le groupe a toujours refusé de laisser enfermer dans une case — nu metal, electro metal, dancefloor metal — préférant laisser la musique parler d'elle-même plutôt que de se soumettre aux étiquettes.
Le 27 juin 2013, le groupe annonce le début de l'enregistrement de son cinquième album. Celui-ci, intitulé Chatterbox, sort le 27 janvier 2014. Quarante-six jours séparent la sortie du disque de cette première date de tournée à Bordeaux — assez pour que le public ait eu le temps de s'approprier les nouvelles compositions, pas assez pour que la surprise scénique soit éventée.
On retrouve la marque de fabrique des Sidilarsen : des textes forts et engagés, tantôt revendicatifs, tantôt protestataires ou encore poignants, mais toujours porteurs d'espoir, sur un son électro metal explosif. Ces chants en français, un son indus lourd, martial et puissant, des breaks électro/techno/trance, des refrains simples et catchy, des thèmes purement revendicatifs — tout y est. Sidilarsen est en effet un mélange des genres : sorte de fusion entre rock, hard rock, métal et électro en passant par le grunge et l'indus.
Chatterbox se révèle être le disque d'un nouveau virage d'un groupe désormais pleinement ancré dans son style et le développant avec une conviction sans failles, poussant sur ce coup la puissance sonore bien au-delà des albums précédents. Et sur scène, ce soir-là, cette conviction était palpable dès les premières mesures.
Jouer en première partie d'un groupe aussi identitaire que Punish Yourself est un défi en soi. Il faut convaincre vite, marquer les esprits sans écraser le headliner, et donner au public l'envie d'en savoir plus. Sidilarsen a répondu à ce défi avec un set généreux — seize titres, dont un drum solo et un rappel en deux parties — qui n'avait rien d'une première partie au rabais.
Programme principal Comme on vibre · Back to Basics · Retourner la France · Le meilleur est à venir · La morale de la fable · Un écho · Matière première · Paradis perdu · Drum Solo · À qui je nuis me pardonne · On en veut encore · Hermanos · Technotrone · Fluidité
Rappel Breathe (reprise de The Prodigy) · Des milliards
L'ouverture sur Comme on vibre — titre-phare de Chatterbox et premier extrait de l'album — posait immédiatement le ton : énergie maximale, texte engagé, rythmique implacable. Didou et Viber hurlant des slogans qui glissent sur leur musique pour mieux nous atteindre.
Le Drum Solo de Sam en plein milieu du set était une respiration brutale — un moment de démonstration pure qui permettait aussi au reste du groupe de souffler avant la deuxième salve. Samuel Cancel et sa batterie dynamique renforcent cette impression de vitesse et de puissance qui caractérise Sidilarsen sur scène — et un solo lui permettait de l'affirmer sans ambiguïté.
La reprise de The Prodigy — Breathe — en ouverture de rappel ne relevait pas du hasard : The Prodigy fait partie des influences électroniques revendiquées du groupe, et reprendre ce titre mythique de Music for the Jilted Generation (1994) était autant un hommage qu'une déclaration d'appartenance à une même famille sonore.
Des milliards pour finir — titre très engagé de 18 minutes en version studio, forcément condensé en live, mais dont l'intensité du message demeurait intacte. Une conclusion à la hauteur du reste.
Photographier une première partie présente des spécificités propres. Le temps est compté, la lumière est souvent moins travaillée que pour le headliner, et le public est encore en phase d'installation — physiquement et mentalement. Je dois donc aller chercher l'image plus activement, construire le cadre plutôt que d'attendre qu'il s'impose.
Avec Sidilarsen, les défis étaient de nature différente de ceux de Punish Yourself qui suivait :
Cette soirée du 13 mars 2014 à la Rock School Barbey était une soirée double — et le traitement photographique devait le refléter. Développés sous Darktable sur Linux Arch, les deux reportages de la soirée — Sidilarsen en première partie et Punish Yourself en tête d'affiche — devaient chacun avoir leur identité propre, tout en appartenant à la même nuit.
Pour Sidilarsen, la palette lumineuse du set — plus directe, moins théâtrale que celle de Punish Yourself — appelait un rendu contrasté, dynamique, qui restitue l'énergie brute du groupe sans chercher à dramatiser artificiellement. Le grain en haute sensibilité, bien maîtrisé, contribuait à l'atmosphère sans la dénaturer.
Pas de presets uniformisants. Deux groupes, deux univers, deux traitements — une seule nuit.
Le Chatterbox Tour démarrait à Bordeaux le 13 mars 2014 avant d'enchaîner Tulle, Montauban, Auch, Mâcon, Savigny-le-Temple, Lille, Brest, Nantes, Cognac… et de nombreuses autres dates jusqu'à la fin de l'année. Être à la première date, à la Rock School Barbey, avait quelque chose de particulier : le groupe était encore en train d'apprivoiser ces nouvelles compositions en live, de trouver les bonnes dynamiques, de calibrer les interactions avec le public.
C'est précisément ce que je cherche à documenter — pas le show parfaitement rodé de la cinquantième date, mais la tension et l'énergie brute des premières nuits, quand tout est encore légèrement en construction et que cette imperfection est elle-même une forme de vérité.