Le jeudi 10 septembre 2015, l'horloge affichait 15h45 lorsque j'ai retrouvé l'une des figures les plus charismatiques de la scène hard rock scandinave sur les quais de Bordeaux. L'objectif de l'après-midi : réaliser un portrait exclusif pour la presse spécialisée, et plus précisément pour les pages de Tatouage Magazine.
Devant mon objectif se tenait Torkjell Rød, mieux connu sous le pseudonyme de Toschie, le chanteur emblématique du groupe norvégien Audrey Horne. Une séance photo urbaine et brute, à l'image du personnage, en plein cœur de la Gironde.
Pour comprendre l'intérêt d'un magazine de tatouage pour ce chanteur précis, il faut d'abord comprendre qui est Toschie et d'où vient son groupe. Audrey Horne est un groupe de hard rock norvégien originaire de Bergen, formé en 2002 par des musiciens appartenant déjà à des formations renommées de la scène metal de la ville. Il emprunte son nom à un personnage de la série Twin Peaks. Le groupe a été formé par le guitariste Thomas Tofthagen (Sahg), le bassiste Tom Cato Visnes (Gorgoroth) et le batteur Kjetil Greve (Deride), avec le chanteur Torkjell "Toschie" Rød (Sylvia Wane), le guitariste Arve Isdal (Enslaved) et le claviériste Herbrand Larsen (Enslaved) complétant la formation.
Bien que la plupart des membres aient été associés à des groupes au son plus extrême ou progressif, Audrey Horne a été conçu comme un groupe de hard rock ancré dans le rock classique et heavy. Leur style musical est un mélange de rock classique heavy et mélodique, inspiré par Iron Maiden, Kiss, Ozzy Osbourne, Van Halen, Mötley Crüe, Deep Purple et Led Zeppelin. Une filiation que Toschie lui-même confirme volontiers : ses influences vont de Gojira et Mastodon à Elton John et David Bowie, mais le cœur d'Audrey Horne reste fermement ancré dans ce hard rock classique qui a bercé l'enfance de ses membres.
En septembre 2015, le groupe sortait à peine d'une tournée intense en Europe : leur cinquième album, Pure Heavy, paru en septembre 2014, avait été suivi d'une tournée en tête d'affiche en Europe en septembre de la même année puis en septembre 2015. C'est dans ce contexte de tournée que cette session photo bordelaise prenait place — Toschie de passage en France, comme souvent, puisque le hard rock et le heavy metal trouvent en Europe une audience que la Norvège leur réserve plus parcimonieusement.
Ce qui rendait cette séance particulièrement pertinente pour Tatouage Magazine, c'est un détail biographique peu connu du grand public : Torkjell Rød n'est pas seulement chanteur, il est également tatoueur professionnel. Sa fascination pour l'art du tatouage est née d'un souvenir précis — un article de magazine sur Iron Maiden, photographié pendant l'enregistrement de l'album Powerslave aux Bahamas, qui avait marqué son imagination de jeune fan avant de devenir une véritable vocation parallèle à la musique.
Cette double identité — frontman de hard rock le soir, artiste tatoueur le jour — donnait tout son sens à la commande éditoriale. Travailler pour un magazine de cette envergure exige de capter non seulement la personnalité de l'artiste, mais aussi l'histoire racontée par sa peau. Toschie est un homme dont le charisme naturel est amplifié par une esthétique inked authentique — pas empruntée, pas posée pour l'image, mais vécue de l'intérieur par quelqu'un qui pratique lui-même cet art.
Les quais de Bordeaux, avec leur lumière de milieu d'après-midi et leurs textures minérales, offraient un décor parfait pour faire ressortir les contrastes de chaque tatouage. Loin de l'agitation des scènes de concert, ce face-à-face photographique a permis de figer l'attitude rock, élégante et détendue du frontman d'Audrey Horne. Répondre aux exigences d'une commande éditoriale tout en gardant sa propre sensibilité photographique est toujours un exercice stimulant — particulièrement quand le sujet a, comme Toschie, une conscience aiguë de ce que représente une bonne image, lui qui dessine et encre lui-même des images sur la peau d'autrui.
Pour les commandes de presse, la fluidité du flux de production est cruciale. Comme à mon habitude, je reste bref sur le détail technique : les fichiers ont été importés avec RapidPhoto Downloader, triés dans Digikam, puis développés sous Darktable, le tout sous Linux Manjaro (Arch). Sur ce type de portrait destiné à l'impression, le travail a surtout porté sur le rendu fidèle des couleurs de l'encre sur la peau — un point auquel un magazine de tatouage est naturellement très attentif.
Ce portrait de Toschie pour Tatouage Magazine illustre ce que la photographie de presse peut offrir au-delà du simple cliché promotionnel : une rencontre entre deux pratiques artisanales — la photographie et le tatouage — incarnées par un sujet qui les pratique l'une comme l'autre. Sur les quais de Bordeaux, ce jeudi de septembre 2015, ce n'était pas seulement le chanteur d'Audrey Horne qui posait devant mon objectif, mais un artiste tatoueur conscient de l'image qu'il donnait à voir.
Retrouvez l'ensemble des artistes couverts au fil de mes années de photographe indépendant : La scène du Grand Ouest à travers l'objectif — Portfolio historique